On 13 June 2018, I was invited to give a 20 minute conference paper at the Language Acts and Worldmaking conference Languages Memory, King’s College London, London; the paper was part of the session on ‘Embodiments’ (chaired by Prof. Debra Kelly, University of Westminster). A full recording of the session, including my talk, can be accessed here.

In my paper, I presented for the first time to a varied audience my approach to writing and my multilingual writing process. Below are the first couple of paragraphs in English and French. The whole paper in English can be accessed here.

For a very long time, I could not choose my language of writing. I had Croatian, French and, later, English at my disposal as writing tools, however, choosing one language for me always meant sacrificing my other languages, other cultures, other identities, other parts of Self. I don’t want to sound complacent; my experience is by no means exceptional. The question of language choice and/or language loss has been and still is a recurring one for many writers who have either inherited or have come into a prolonged contact with more than one culture / language / identity. Much later, I came to realize that the problem of language choice is a false problem for me as a writer. It would therefore be more true to say that for a very long time I thought I had to choose a language of writing. As, although I was not explicitly forced to think that way, everything around me led me to believe that I had to do so. I felt compelled to choose one language; the monolingual was, and still is, the standard, the norm, the “default” option.

So, I tried, and tried again to write in one language, and I failed, and failed again; I felt that when I was writing in only one of my languages I was always losing “something”. That “something”, I came to realize this later, is made up not only of notions and concepts, but also of sounds, images, as well as olfactory, emotional, cognitive, pragmatic and kinetic resonances of the words and the worlds I live in. Each of my languages has its own archeology; one of them contains my sensory and sensual memories, the other inhabits my thoughts, my Self, my consciousness, the third has primarily cultural resonances for me that I identify myself strongly with. Only after I decided that I would not or did not have to choose a language, did I arrive to writing, or more precisely, did I arrive to writing poetry.

Mon arrivée a la langue: sur le (non)-sacrifice de la langue

Longtemps, je n’ai pu choisir ma langue. Je possédais le croate, le français et, plus tard, l’anglais, cependant, choisir une langue signifiait, pour moi, sacrifier mes autres langues, mes autres identités, cultures, parties de moi. Je ne veux pas me complaire dans une attitude problématique face au langage. La question du choix de la langue d’écriture et de la perte langagière (mais aussi culturelle, identitaire) qui en suit est une question qui revient constamment chez un nombre d’auteurs qui ont hérité de plus d’une langue, d’une culture, et/ou qui se sont trouvés en contact prolongé avec celles-ci. Ce n’est que beaucoup plus tard que j’ai réalisé, toutefois, que ce problème du choix de la langue est un faux problème pour moi en tant qu’écrivaine. Il serait plus juste d’affirmer, donc, que, longtemps, j’ai pensé que je devais choisir ma langue (d’écriture).  Car, même si on ne m’avait pas forcé de manière explicite à penser ainsi, tout dans mon entourage m’invitait, me poussait à adopter une pareille attitude que j’appelle une manière de penser monolingue. Le monolinguisme est encore aujourd’hui, l’option « défaut », le standard, la norme. Je me sentais, donc, forcée de choisir ma langue (d’écriture); mais, à chaque fois que j’essayais de le faire, je ratais mon expérience. J’avais le sentiment que, lorsque je m’efforçais d’ écrire dans une seule langue,  je perdais constamment “quelque chose”.  Ce “quelque chose”, il m’a fallu des années pour le comprendre, n’est pas seulement fait de concepts, de notions, mais aussi de sensations sonores, visuelles, olfactives; il est fait de résonnances cognitives, mais aussi émotionnelles, pragmatiques, kinesthésiques ; de mots et de mondes dans lesquels je vis et j’existe. Chacun de mes parlers a son archéologie propre; le premier contient ma mémoire sensuelle, sensorielle, le second, mes pensées, mon moi, ma conscience, alors que le troisième contient mon héritage culturel, mon identité intellectuelle. Et ce n’est qu’après avoir pris la décision que je n’allais pas, ou, ne voulais pas choisir ma langue, que je me suis mise, enfin, à écrire. C’est ainsi que je suis “arrivée” à la poésie.   

Mon procédé d’écriture multilingue est une expérimentation poétique et linguistique. C’est un procédé ludique, avant tout, un jeu avec la langue ou un jeu d’entre-langue. Chacune des langues que j’habite possède son timbre, sa voix, son rythme propres, chacune d’elles a ses harmonies, mélodies, ses couleurs propres. Et chacune d‘elles relate, articule mes expériences, mes sensations du monde de façon différente. C’est, peut-être, pour cela que lorsque je me déplace dans l’espace du mouvement entre les langues, j’ai toujours le sentiment de perdre quelque chose en cours. En même temps, de cette perte, de ce manque, nait la créativité. Ma créativité est née dans cet espace de perte, d’entre-langues.