Unbound présente Amelia Rosselli

Unbound présente les poètes et les écrivains qui explorent l’expression multilingue dans leur écriture poétique. Faites connaissance de la poétesse italienne Amelia Rosselli.

Ameila Roselli est née à Paris en 1930. Son père, Carlo Rosselli, était un militant antifasciste en exil, fondateur d’un célèbre mouvement de résistance socialiste, Giustizia e Libertà (Justice et Liberté). Sa mère, Marion Cave, était anglaise. Après l’assassinat de Carlo et de son frère Nello (Sabatino) Rosselli par la Cagoule sur l’ordre de Mussolini (1937), la famille Rosselli fuit à Londres, puis aux États-Unis, avant de revenir à Rome, où Amelia Rosselli s’installe définitivement.

L’œuvre poétique d’Amelia Rosselli est marquée par un rapport fondamental à la langue et à la culture française : un lien aussi fort, peut-être, que celui qui l’unit à l’anglais. De ses débuts en 1952 jusqu’à ses derniers poèmes, parus à titre posthume, son écriture reflète en permanence cette situation « entre les langues ». Sa langue n’est pas simplement l’italien mais un « ydioma tripharium » inextricablement lié à son parcours biographique. À partir de 1952, Amelia Rosselli écrit en trois langues une série de poèmes : d’abord en anglais My Clothes to the Wind (Mes vêtements au vent), 1952, puis en italien Cantilena, poesie per Rocco Scotellaro (Cantilène, poésies pour Rocco Scotellaro), 1953, ainsi qu’en français Adolescence : Sanatorio 1954 (Adolescence : Sanatorium 1954), 1954. Enfin, dans Le Chinois à Rome, 1955, le français est la langue principale, mais les deux autres langues affleurent de manière décisive. De même, Diario in Tre Lingue (Journal en Trois Langues), 1955-1956, est écrit en trois langues à la fois. À la fin de cette expérience trilingue (onze ans d’écriture), Amelia Rosselli semble choisir l’italien comme langue d’écriture principale : la publication de Variazioni belliche (Variations de guerre) en 1964 marque le début d’une œuvre poétique surtout italophone, et qui justifie de fait son rattachement au canon littéraire italien. Mais ce choix ne saurait masquer l’utilisation constante des deux autres langues, qui se manifeste dès le premier poème de son recueil Variazioni belliche par l’insertion de mots français, anglais, ou bien par des néologismes d’origine étrangère.

(Source: “Un « chaos linguistique » : les textes en français d’Amelia Rosselli (1930-1996)”, Emilio Sciarrino, http://journals.openedition.org/coma/311?lang=en#bodyftn1)

Le temps peut s’arrêter…
Le temps peut s’arrêter en bien
ou en mal ; il frissonne impertinent
de toute sa large bouche obscure, ou s’arrête
et hurle qu’il en a assez : de
cette belligérance.

Le Temps n’est pas un ventre ; c’est un croc
qui sourit sagement ou persifle
pendant que tu sers son maître, le coeur
brisé.

Le Temps coud et raccommode ! et demande
dans ton rapide, brisé penser
pourquoi tu as laissé la confiture
se gâter ? Je ne suis pas un croc dit
le jongleur, le Temps ne s’arrête pas pour moi

dit le poissonnier ; le tout est
le tout, le Temps est le Temps, bouté hors
des ciels.

Une perle, un sacrifice, un psalmodier
reportages de morts… Je ne suis pas un jongleur
cria le poissonnier, ma main
ma tête, chantent que le temps a
tous ses frissons coordonnés avec le Temps.

Onze chevaux allaient cueillant des mûres
pensant qu’ils deviendraient
vieux, mais le Temps, lui, était assis et
cousait, sans égards pour leurs
larges bouches ouvertes, leurs cavernes
qui désiraient davantage.

Commencèrent onze courses, la “free
lance” pensée vieillissait encore : le Temps
était assis encore pensant, qu’il ne
vieillirait jamais. Accidents indéfinis, paradis
aigris – tous sont dans les bouches
des chevaux, dans leurs ventres terrorisés.
Le Temps-pensant cadra le trou
le Temps-soucieux cherchait à devenir
vieux. Le Temps-assis se collait
à sa place : il n’y avait bataille plus terrifiante
que celle qui était mienne.
J’ai accroché le Temps : il est assis
cueillant des mûres collé à sa
place : mais des cris brisés glissent
de la bouche : le Temps n’a pas de frissons
n’a pas d’autre lieu que la terre !

Puis nous marquerons le Temps, qui
devint énorme beaucoup, portant des barils
à la terre déserte, ou transformant
les carottes en raves, ou différemment
occupant son âme désintéressée. Le Temps
n’a pas de butins ! il peut devenir
vieux, n’était pour mes butins,
qui partagent le total.

Des raves à gorge déployée sourirent :
n’es-tu pas préparée pour
la bataille encore ? Ta flèche est-elle si
légère ? L’encombrante nature
restituera le vol : tu mourras,
et deviendras forte, fumant des fournitures
ou autres maux.

Qui fumant des plats d’argent, creusèrent
leurs fosses légères assez pour
mener droit à ce paradis
où le Temps n’a aucun tort, ni
ornières pour t’agripper. Et encore
pendant que ton sourire blesse, avec
un vouloir de pleurs, qui mène la chanson
une misère brodée de blanc
Temps, plus moëlleux que la grâce
de mon ventre, son faire en te trop-faisant,
pendant que tu te dresses fort.

(“Time can stop…”, in; Sleep, Amela Roselli)
Jasmina Bolfek-Radovani Mina Ray, 17/12/2017

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